Conference de Mr Balcerowicz


Après une intervention initiale centrée sur l’analyse de la crise actuelle, les questions de la salle ont permis à M. Balcerowicz de traiter de l’adoption de l’Euro par la Pologne, de la réforme des retraites et des partenariats public – privé.

1/ La crise internationale

En introduction, M. Balcerowicz a souligné que si la lutte contre la crise mondiale impliquait de prendre de nombreuses mesures dans l’urgence, il fallait toujours garder à l’esprit les conséquences de moyen terme des décisions actuelles. Doivent en particulier être surveillées la croissance de l’endettement et la création monétaire.

Pour comprendre ses effets sur les différentes économies, il convient de s’intéresser aux canaux de transmission de la crise. Les canaux financiers ont moins joué en Pologne que dans des économies avancées : le pays n’a pas connu de bulle immobilière et était peu touché par l’endettement en devises. Le commerce international a une influence spécifique sur les pays exportateurs de matières premières : après avoir bénéficié de l’envolée des cours ils sont durement touchés par leur chute. Les autres pays, tels que la Pologne, sont atteints par la baisse de la demande de produits manufacturés des partenaires commerciaux, l’Europe de l’ouest en l’occurrence.

En Europe centrale, les situations sont très différentes. La Pologne sera le seul pays européen à conserver une croissance positive en 2009.Les raisons peuvent en être trouvées dans plusieurs facteurs. D’une part les exportations, rapportées au PIB, sont moins importantes que dans les autres pays de la région, ce qui limite l’impact de la transmission de la crise via le commerce international. Par ailleurs, la Pologne se distingue également de beaucoup de ses voisins par la faiblesse des prêts en devises. Enfin, sa politique fiscale a été « moins irresponsable » qu’ailleurs.
De façon plus générale, certains pays de la région n’ont pas su garder une approche globale des réformes. Les Etats baltes et la Hongrie ont conduit des réformes très courageuses, mais ils ont pour les uns laissé l’inflation se développer et pour l’autre eu une politique fiscale beaucoup trop laxiste.
A moyen terme, les pays d’Europe centrale poursuivront leur rattrapage, avec une croissance en moyenne deux fois plus élevée que dans les anciens Etats-membres.

Les responsabilités de la crise sont partagées, les marchés sont en cause mais les politiques publiques ont aussi une part de responsabilité, que ce soit aux Etats-Unis (politique monétaire trop accommodante) ou en Europe, notamment en Grande-Bretagne, en Irlande ou en Espagne. Pour éviter que les Etats conduisent des politiques erronées, il faut expliquer sans relâche la situation économique à l’opinion publique qui in fine fera pression sur la classe politique. A cet égard, une crise brutale est plus pédagogique qu’une crise dont les effets sont étalés dans le temps.

2/ L’adoption de l’Euro

Le principe de l’adoption de l’Euro par la Pologne n’est pas en cause : les études réalisées montrent un gain de 0,2 à 0,4 % de croissance par an. Les critères de Maastricht ne le sont pas plus, ils ont leur valeur propre et il conviendrait de les respecter même en dehors de perspective d’adhésion à la zone Euro. La Pologne devrait être en mesure de les respecter sans difficulté majeure.
La question qui se pose est celle de la transition par le MCE II pendant deux ans. Cette période transitoire est techniquement une mauvaise idée et devrait être supprimée. Pour des raisons politiques, elle ne le sera pas. Dans ce contexte, il est important que la Pologne entre dans le MCE II lorsque l’environnement sera propice. Les marchés internationaux doivent s’être stabilisés, une meilleure visibilité doit exister sur les évolutions économiques du pays, et la question constitutionnelle doit être réglée. Toutes ces conditions pourraient être réunies dans un avenir pas très lointain.

3/ La réforme des retraites

D’un point de vue économique, l’un des intérêts prêtés à la réforme des retraites est d’encourager une épargne longue. Il est exact que la Pologne manque d’une telle épargne, mais ce point ne suffit pas à justifier la réforme des retraites, il existe d’autres voies à explorer pour renforcer l’épargne longue. D’une manière plus générale, la couverture sociale est trop importante. L’exemple asiatique, en particulier chinois, montre que la croissance a été portée par le démantèlement des systèmes de protection sociale.

4/ Les partenariats public – privé

Il est effectivement regrettable que les PPP ne se développent pas plus en Pologne. Le point de blocage essentiel est celui de la prise de décision dans l’administration, les craintes d’accusations ultérieures étant très fortes. Dans ce domaine également, il faut agir sur l’opinion publique pour obtenir un changement de l’environnement de la prise de déci.